Déserts, Canyons et Hoodoos : Burr trail et Strike Valley

29 mai 2016

J’ai toujours un peu de mal à dormir le premier soir en camping et cette nuit n’a pas dérogé à la règle. Se retrouver en pleine nature, c’est beaucoup trop calme pour moi.  Néanmoins, l’excitation d’avoir à vivre une journée bien remplie fait que je ne sens pas trop les effets de la fatigue. Je passe quand même une bonne demi-heure à ronchonner, rassurez-vous ! Heureusement, ma chérie, qui me connait un peu, me prépare un petit déjeuner aux petits oignons pour me détendre <3  ! Rien de telle que de bonnes tartines et un bon thé pour calmer son ours grognon.

Aujourd’hui, notre camp de base ne bougera pas et pourtant nous allons faire une boucle d’environ 200 kilomètres entre la partie la plus septentrionale de la route UT12, le Burr trail et la Strike Valley au sein de Capitol Reef. Les pistes plus ou moins goudronnées que nous allons emprunter vont nous conduire au sein du WaterPocket Fold, cette plissure géologique étonnante que nous avons commencé à découvrir hier. Nos jambes ne seront pas en reste puisque chemin faisant, nous effectuerons deux randonnées aux finaux spectaculaires.

dhc_jour02

C’est par une bucolique escapade au sein d’une forêt de résineux aux accents alpestres que nous débutons notre périple. Nous sommes ici a environ 2850 mètres d’altitude dans une oasis de fraicheur au milieu des déserts. Le plateau d’Aquarius où nous nous trouvons, recouvert par la Dixie Forest, domine toute la région. Nous faisons halte au Homestead Point, d’une part car nous avons oublié de nous brosser les dents mais aussi car il s’agit d’un magnifique point de vue. Le panorama qui se déploie devant nous présente au premier plan les canyons d’Escalante, puis on retrouve les reliefs torturées de Capitol Reef et enfin au loin, on distingue l’ombre des Henry Mountains.

On surplombe notre terrain de jeu pour la journée.

On surplombe notre terrain de jeu pour la journée.

Superbe palette de couleur.

Superbe palette de couleur.

Retour à la maison ou presque … En redescendant de la montagne, nous atteignons en effet la ville de Boulder ! Un peu moins hipsters/écolo/bobo/techno que la nôtre, cette ville doit son surnom d’ultime frontière de l’Utah au fait qu’elle n’a été reliée à la civilisation par la route qu’en 1935. Pas grand-chose d’autre à retenir sur notre passage dans cette ville si ce n’est ce clin d’œil en forme de nom.

C’est partit pour le Burr trail !

C’est parti pour le Burr trail !

Le Burr trail est une route, puis une piste qui relie donc la petite ville de Boulder à la marina de Bullfrog sur le Lake Powell. Longue d’une centaine de kilomètres, nous allons en parcourir « seulement » les 50 premiers pour ensuite emprunter une seconde piste, la Notom Road qui traverse la Strike Valley de Capitol Reef. Pour le moment, nous entrons dans la partie nord d’un immense National Monument :

Jeff se la joue Tarzan.

Jeff se la joue Tarzan.

La route commence par serpenter au sein d’un large plateau constitué de collines de sandstones, de dunes pétrifiées dont les ocres sont mis en valeur par le vert d’une végétation rase. Le relief accidenté ne nous permet pas vraiment de deviner à quelle sauce nous allons être mangé, ni d’envisager ce qui nous attend.

Routes, man.

Routes, man.

L’instant arbre mort de la photographe.

L’instant arbre mort de la photographe.

La route continue sa route (hi hi) dans un nouveau canyon assez long. Son nom : Long canyon ! Encore une fois, nous voici entouré de hautes murailles rouges. Quelques miles après son entrée, nous nous arrêtons pour explorer en quelques minutes une petite cavité qui s’enfonce au cœur de la paroi. On a ici un havre de fraicheur, et ça fait du bien. Alors que l’on ressort de ce petit slot canyon, un vrombissement se fait entendre. Nous nous regardons interloqués et un peu apeurés par ce bruit qui semble venir de la roche même. C’est alors que déboulent une cinquantaine de Harley Davidson en goguette. Barbus, tatoués, virils, les motards roulent sans casque, bandanas au vent. Chacune des motos traine derrière-elle une magnifique petite culotte en dentelle rose en guise d’étendard !

Long Canyon : plus c’est long, plus c’est bon.

Long Canyon : plus c’est long, plus c’est bon.

Un court canyon au sein de Long canyon.

Un court canyon au sein de Long canyon.

Quelques minutes à suivre les motos et nous arrivons à la sortie du canyon. Un arrêt s’impose car devant nous s’étend un panorama magnifique. Les parois en gruyères du canyon laissent place à un plateau qui s’étend en contrebas. Les collines qui font transition entre cet espace et l’endroit où nous nous trouvons présente des couleurs surprenantes : rouges, oranges, gris voire violets. Le vert de petits arbres et le bleu intense du ciel complètent le nuancier.

En serpentant, la route descend des collines. Elle se fait plus difficile, sinueuse, alternant montées et descentes abruptes. Le paysage est réellement désertique et à part ce fin ruban d’asphalte qui devient bientôt de terre, il est bien difficile de trouver quelques traces de présence humaine. Ce n’est pas vraiment le moment de penser à un problème technique, pourtant, le silence éternel de ces espaces infinis ne nous effraient pas, au contraire, on se ressent tour à tour émerveillés, assoiffés de beauté, apaisés en un sens. Un petit détail nous informe quand même que nous ne sommes pas totalement perdus :

Capitol Reef entrée 2 !

Capitol Reef entrée 2 !

Devant nous, se dresse une sorte de barre rocheuse sur laquelle on trouve une arche qui parait grandiose Peek-a-boo arch. Rapidement, nous tournons sur la gauche et nous garons pour la première randonnée de la journée. Il est 11h et le soleil est déjà bien haut dans le ciel. Le chemin que nous empruntons est celui pour se rendre à Strike Valley Overlook. Si les premiers mètres jusqu’au petit parking sont accessibles, les deux miles suivant nécessitent un bon 4×4 avec une haute garde au sol. La preuve : après quelques dizaines de minutes, nous trouvons 2 voitures occupées à dégager celle d’un imprudent. Situation cocasse, le véhicule en détresse est un gros pickup orné du sigle du National Park Service et son conducteur est un ranger ! Même les plus expérimentés peuvent vite se laisser surprendre.

D’ici Peek-a-boo Arch a l’air tout petite !

D’ici Peek-a-boo Arch a l’air tout petite.

Huit kilomètres à pied, ça use, ça use !

Huit kilomètres à pied, ça use, ça use.

Nous cheminons donc sur cette piste à jeep. La route est vraiment sinueuse mais totalement plate. Des dunes de sandstones bordent le chemin, parfois d’un côté, parfois des deux. En certains endroits, elles sont tellement hautes qu’on peut presque parler de falaises. Tant mieux, cela nous apporte un peu d’ombre. Alors que nous approchons du terme de la balade, nous tombons coup sur coup sur deux doubles arches dans les massifs qui bordent la route. On sort un peu du chemin tracé pour mieux la voir d’en dessous, puis un peu d’escalade nous donne une vue d’en dessus.  Même avec peu de recul, ces formations géologiques sont toujours aussi impressionnantes.

Nous arrivons à un nouveau parking cette fois remplis de très grosses voitures bien essencivores. On est en Amérique oui ou crotte ? La plupart de ces véhicules nous avaient doublé précédemment donc pas de surprise (on a dû en croiser 5-6 en une heure). Néanmoins, il faut avouer que cela casse un peu le côté exploration en terres inconnues. La suite de la randonnée se déroule sur un lisse rocher clair, par conséquent le chemin se fait en suivant une succession de petits cairns.

Régime cairné, on va s’avaler une petite côte !

Régime cairné, on va s’avaler une petite côte !

La montée est courte, environ 500 mètres. On arrive au dessus de la Strike Valley qui se déploie dans un méandre en contrebas. Le pestacle est vraiment époustourifant ! Une des vues les plus étonnantes qui nous a été donné de voir. Les circonvolutions, les couleurs, les reliefs tout est surprenant dans cette vue englobant la Waterpocket Fold. Difficile de ne pas rester en extase devant ce plissement géologique monoclinal de la croûte terrestre formé durant l’orogénèse laramienne, comme vous l’avez surement deviné par vous-même. A l’arrière plan se dressent les Henry Mountains, un des derniers endroits cartographiés aux USA et le lieu de résidence d’une des trois dernières hardes de bisons sauvages du pays. Tout en bas, dans la vallée, on aperçoit la route que nous allons emprunter dans l’après midi.

Strike Valley et Henry Mountains

Strike Valley et Henry Mountains.

Waterpocket Fold.

Waterpocket Fold.

Le retour se fait plus rapidement, sans pause photo et sous une chaleur qui commence à devenir accablante. Ce n’est pas la petite barre de céréale engloutie devant le Strike Valley Overlook qui peut nourrir son homme et la faim commence à se faire ressentir. Nous reprenons la route pour quelques minutes avant de trouver une table de pic-nic surplombant la vallée. L’avaler, c’est d’ailleurs ce que nous ferons de notre sandwich et de quelques grains de raisin, la vue panoramique donnant à ces mets un goût exceptionnel. D’où l’on mange, on peut apercevoir les acérés virages en épingle qu’il va nous falloir bientôt emprunter.

Table avec vue pour madame.

Table avec vue pour madame.

Les switchbacks de l’Alpe d’Huez.

Les switchbacks de l’Alpe d’Huez.

Nous entamons la descente, filant et enfilant les virages à la vitesse de l’escargot. N’est pas Sébastien Loeb qui veut ! Nous arrivons en bas sans trop de difficulté. Le ranger nous avait appris la veille que la piste venait d’être damer par un engin à chenille. Effectivement, la route est belle mais nous offre quand même des sautillements réguliers. D’un naturel assez anxieux avec la voiture, je crains un peu une crevaison qui heureusement n’arrivera jamais. Bien évidemment, on voit moins les détails des reliefs que nous traversons que depuis le Strike Valley Overlook, il n’empêche que les couleurs des lieux, les perspectives que nous offre le chemin sont assez étonnantes.

Tourmenté au point d’en filer presque le mal de mer.

Tourmenté au point d’en filer presque le mal de mer.

Les montagnes de Capitol Reef au loin.

Les montagnes de Capitol Reef au loin.

Nous sortons de la Nottom road pour retourner dans la partie centrale du parc. Les pistes que nous avons emprunté sont assez longues, néanmoins, la singularité des paysages vaut vraiment le déplacement. Honnêtement, la vue que nous avons découvert est l’une des plus extravagantes qu’il nous ait été donné de voir dans l’Ouest américain et vaut à elle seule l’expédition. Le Long Canyon a aussi été très agréable à parcourir. Une bonne pioche donc pour cette journée.

Capitol Reef Acte 3 !

Capitol Reef Acte 3 !

Il est environ 4 heures lorsque nous rejoignons une seconde fois le Visitor center de Capitol Reef avec la ferme idée de nous lancer dans une nouvelle randonnée. Nous avions prévu de faire le Cohab Canyon qui présente, une fois de plus, des formations géologiques particulières. Néanmoins, nous choisissons au dernier moment de plutôt aller voir le Hickman Bridge, la marche plus courte nous permettra de profiter un peu des joies du camping dans la soirée.

Nous empruntons donc le chemin qui dans un premier temps longe la Fremont river et sur lequel il est formellement interdit de s’arrêter pour cause de chute de pierre. Heureusement, nous avons mis nos casquettes. Nous dépassons la zone dangereuse sans encombre. S’en suit une ascension d’une trentaine de minutes qui nous offre des vues de choix sur les sommets aux noms imagés du parc : Pectol pyramide, Capitol Dome ou Golden throne.

Le Capitol Dome qui donne son nom au parc.

Le Capitol Dome qui donne son nom au parc.

Pectol Pyramid, du nom d’un mormon ayant aidé à décrocher le pectol de la création du parc.

Pectol Pyramid, du nom d’un mormon ayant aidé à décrocher le pectol de la création du parc.

Le chemin s’aplanît avant qu’au tout dernier moment, on aperçoive le Hickman Bridge, caché dans la paroi. Pour la petite histoire, Hickman était le beau-frère du Pectol de la pyramide suscitée. D’ailleurs cher lecteur, sais-tu ce qui différencie une arche d’un pont ?

Non !!!

Et bien c’est tout simple, on appelle « arche » un pont creusé par l’érosion du sable et du vent alors qu’un « pont » est une arche creusée par l’érosion de l’eau.

Et vice et versa.

Hélène reste quelques minutes à prendre l’ouvrage naturel en photo pendant que je bas le record chronométrique de la descente de Hickman Bridge. Ça m’apprendra à ne pas faire de pause technique avant de partir en randonnée …

Demain c’est férié, du coup on a fait le pont !

Demain c’est férié, du coup on a fait le pont !

Et comme dirait Beethoven : Pont pont pont pont …

Et comme dirait Beethoven : Pont pont pont pont …

Nous rejoignons la voiture une grosse heure après l’avoir quittée. La ballade n’a pas été difficile même si cela grimpe un peu. Le pont est vraiment imposant et vaut le coup d’œil. Néanmoins, ce que nous avons préféré dans cette marche est le panorama surélevé qu’elle offre sur les sommets alentours.  

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au Bakery General Store pour faire quelques provisions de fruits frais (et de bières). C’est là que nous tombons en pâmoison devant une succulente entrecôte (rib eye steak) issus des élevages de Torrey. Elle accepte de nous accompagner jusqu’à notre feu de camp.

C’est l’estomac bien remplis, tout propre grâce à notre superbe douche solaire qui a bien chauffée depuis ce matin (un sac en plastique noir de 20 litres avec une petite douchette, super pratique), que nous finirons la journée, une fois de plus le nez vers les étoiles.

Même en camping, Madame passe des heures dans la salle de bain

Même en camping, Madame passe des heures dans la salle de bain

Et pendant que certaines se pomponnent, kicéki bosse ?!?

Et pendant que certaines se pomponnent, kicéki bosse ?!?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *