Sur les traces des pionniers – Independance Monument

Mardi 04 août

La nuit a été courte à Grand Junction. Nous nous levons de bonne heure et, tandis que l’air reste encore un peu frais, nous nous dirigeons une nouvelle fois vers le Colorado National Monument. Cette fois-ci cependant, nous n’empruntons pas la montée vers le plateau mais c’est bien à l’entrée du canyon que nous laissons la voiture. C’est armés de nombreux litres d’eau que nous avançons sur le sentier de randonnée du Liberty Trail, long d’environ 8 kilomètres qui doit nous mener au pied de l’Independance Monument.

Des vacances reposantes … on dirait que je suis encore tombé dans le panneau.

Des vacances reposantes … on dirait que je suis encore tombé dans le panneau.

Peu après le parking, un chemin primitif s’éloigne du sentier principal vers la droite. Nous le suivons et nous enfoncer dans des collines arides en direction de l’entrée du Wedding Canyon. Seuls quelques arbustes offrent un peu d’ombres pour les espèces endémiques. Le calme, le peu de passage et l’heure matinale nous permettent d’ailleurs de croiser certains de ces autochtones dès le début de la randonnée.

La première partie du chemin longe des barbelés rouillés peu esthétiques. Il faut savoir que le parc contenait à partir des années 30 une harde de bisons issus de 3 individus reçus en cadeau de la part du parc de Yellowstone (Wyoming). Afin de les préserver des chasseurs mais aussi de protéger les cultures alentours, cette barrière avait été élevée aux abords du parc. En 1983, les animaux sont néanmoins retirés du parc pour être envoyé dans les Badlands (Dakota du Sud) mais la clôture des bisons est resté. Ces barbelés ont par ricochet permis de protéger la population de mouflon et d’en développer le cheptel. Enfin, nous effectuons un virage sur la gauche pour pénétrer dans le canyon.

Les choses sérieuses commencent.

Les choses sérieuses commencent.

Un couple d’habitués rencontré un peu plus tôt sur le chemin nous avait prévenu, mieux vaut effectuer la randonnée dans ce sens afin de profiter d’un peu d’ombre fourni par les hautes parois rouges. En effet, la fraicheur est salutaire lorsque s’élève le chemin et que l’effort se fait plus intense. Sur notre droite, nous pouvons admirer le sentier que nous avions parcouru la veille et nous rendre compte quelle abrupte et fine paroi nous surplombions émerveillés.

Des aiguilles de pins, un chas minéral, ne perdons pas le fil.

Des aiguilles de pins, un chas minéral, ne perdons pas le fil.

A mesure que nous nous enfonçons au creux du couloir rocheux, on s’émerveille d’être plongé en plein milieu d’un paysage si grandiose. On comprend l’intense émotion qui a du saisir l’excentrique John Otto lorsqu’en 1906, il redécouvre ce lieu et choisit d’y consacrer sa vie.

De là haut, John veille sur ses terres.

De là haut, John veille sur ses terres.

Ce brave John dédit donc les 5 années suivantes à faire du parc son terrain de jeu. Armée d’une pioche, d’un maillet et de ses deux mules Foxie et Cookie, il commence à tracer un réseau de chemin. Se muant en guide, il fait parcourir aux édiles locaux ces lieux majestueux dans une campagne pour obtenir le classement du lieu. Son talent de lobbyiste est récompensé lorsque 24 mai 1911, le président Taft proclame les lieux Colorado National Monument. Le bon John est nommé premier ranger de son parc (avec un salaire d’un dollar par mois) dans la foulée. Il en profite également pour se marier au pied de l’Independance Monument avec Beatrice le 20 juin suivant. Le site prend alors le nom de Wedding canyon (canyon du mariage). Malheureusement, la véritable amante de John est Dame nature, et au bout de quelques semaines, de guerre lasse, madame Otto abandonne et laisse John à ses canyons, ses sentiers et ses mules.

Difficile de croire que l’on peut parcourir ses paysages accidentés avec une Otto mobile …

Difficile de croire que l’on peut parcourir ses paysages accidentés avec une Otto mobile …

Enfin, l’Independance Monument, gigantesque, impressionnant se dresse devant nous. Mais pourquoi donc ce nom ? Et bien, le 4 juillet 1911, jour de l’indépendance, John s’est mué en escaladeur et a gravit avec les moyens de sécurité rudimentaires que vous imaginez le gigantesque promontoire pour y planter la bannière étoilée des Etats-Unis. Il effectuera ce rituel 18 fois jusqu’à sa retraite. De nos jours encore, les grimpeurs de la région perpétuent le souvenir du pionnier en effectuant l’ascension chaque 4 juillet drapeau à la main. J’ai du employer la force pour empêcher Hélène d’en faire autant !

Oh la fifille à son papa !

Oh la fifille à son papa !

Allez on joue : où sont les Mabouls ?

Allez on joue : où sont les Mabouls ?

Nous contournons maintenant The Island, le plateau circulaire délimitant Wedding Canyon et Monument Canyon. Le paysage est moins encaissé et on peut encore observer les autres masses rocheuses qui se dressent, isolées, au cœur du canyon. Ecrasés, on se sent minuscules faces à ces différents monuments naturels. Intrigués, on se demande quelles forces ont bien pu sculpter ces reliefs.

Revoilà le Kissing Lovers.

Revoilà le Kissing Lovers.

C’est donc sur le chemin du retour que nous faisons connaissance avec le second animal emblématique du parc.

Nous ne sommes pas les seuls à admirer le paysage.

Nous ne sommes pas les seuls à lézarder en admirant le paysage.

Le lézard à collerette mâle est un magnifique reptile aux couleurs intenses : tête jaune, collerette noire et le reste tacheté de jaune ou noir sur un costume turquoise. Son corps, long d’une dizaine de centimètre, est prolongé par une queue pouvant attendre plus de vingt centimètres (et tous les lecteurs du blog ne peuvent pas en dire autant). La femelle est brune, plus terne ; nous l’avions observé plus tôt dans la balade (photo plus haut). Cet insectivore au sang froid aime à se réchauffer sur les pierres chauffés à blanc du Sud des Etats Unis. Les deux spécimens que nous croiseront, en parfait mannequin, se prêteront avec patience au jeu du shooting photo.

La randonnée se termine tandis que la chaleur commence franchement à se faire sentir après 3 heures de marche. Les derniers hectopieds se déroulent le long d’impressionnante villas qui se sont construites tout proche de la bordure du parc. Nous en terminons avec le Colorado National Monument Après avoir pris le temps d’une revigorante douche, d’une rafraichissante salade et d’une salutaire sieste, nous prenons la route en direction de l’Utah et du Moab.

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Nous réempruntons donc la mythique route 128 qui nous permet, tout en suivant les rives du Colorado de traverser de nombreux paysages dignes des plus grands westerns hollywoodiens – et pour cause, ils ont souvent été tournés autour des Fisher Towers. Ces hautes tours de grès donnent l’impression d’une ville fantôme aux murs rouge corail. Des buttes, de grès également, forment les monuments qui ont ancrés l’Ouest Américain dans l’imaginaire collectif. Les montagnes de La Sal dans la lointain, le ciel d’un bleu intense, les pistes sans fin ou les arbustes verts malgré l’aridité forment un tableau où il est si aisé de laisser son imaginaire s’évader.

Petite pause pour découvrir le AirBnB que nous avons réservé en plein centre ville. La maison est un cottage tout simple mais un peu vieillot. Un joli gazon et quelques fleurs rendent chaleureux l’ensemble mais le principal est que nous avons la climatisation, tant mieux parce qu’avec des températures aux alentours de 105°F (soit plus de 40°C), l’air devient vite irrespirable  !!!

Notre havre de fraicheur !

Notre havre de fraicheur !

Nous revoilà donc de retour à Arches National Parc après deux semaines. Rien n’a changé si ce n’est que cette fois-ci, nous avons un grand soleil. Les photographes s’en donnent à cœur joie lorsque nous retournons saluer l’instable Balanced Rock et l’imposante parade des éléphant.

Et non, elle n’est pas tombée !

Et non, elle n’est pas tombée !

Une forme d’éléphant qui ne trompe pas !

Une forme d’éléphant qui ne trompe pas !

Nous nous rendons finalement sur une des arches emblématiques du parc que la pluie nous avait empêché de découvrir lors de notre dernier passage. La double arche est cachée en partie par le troupeau d’éléphant. L’arche est gigantesque, le croisement des roches nous donne l’impression de se trouver sous le plafond démesuré d’une cathédrale gothique. Ne manque que la lumière coloré de vitraux pour rendre encore plus irréel l’ensemble. Si les arcs rocheux sont magnifiques, ce sont des cauchemars au niveau de la perspective pour les photographes. Espérons que les épreuves produites par nos spécialistes sauront vous satisfaire !

La journée se finit plus calmement en regardant s’enflammer les arches jumelles de North et South Windows dans le soleil couchant. Nous quittons le parc dans la pénombre mais soyez certains, chers lecteurs, que nous y reviendront bientôt !

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