Sous le soleil de (New) Mexico – Taos

25 mai 2015

A peine arrivés et déjà nous devons dire au revoir à Santa Fe et à notre charmant adobe de Seton Village. Ne soyons pas trop chagrin, des adobes on va en voir toute la journée ! Une fois nos affaires emballées, nous partons au Nord en direction de Taos, pour une journée sur les traces des anciens, les fameux indiens Pueblo.

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Sur la route, nous alternons dans un premier temps des paysages montagneux spectaculaires, des endroits plus arides ou des petits villages aux commerces et restaurants assez peu engageants. On est plutôt dans l’Amérique profonde loin des environs assez huppés de Santa Fe ou Boulder.

Le paysage change alors que nous nous engageons dans un canyon assez large. Le fleuve que nous logeons à un nom assez mythique aux relents cinématographiques. En effet, avant de servir de frontière naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique, le Rio Grande prend naissance au Colorado avant de traverser les paysages secs du Nouveau Mexique.

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Mythique, mythique, ça vaut pas les gorges de l’Ardèche non plus !

Les petits rapides du fleuve semblent assez remuants et les nombreux raftings ou canoë que nous croisons confirment cette impression. La conduite est agréable sur ce chemin sinueux, le week-end prolongé et le beau temps font aussi le bonheur de nombreux motards qui n’ont besoin de personne sur leurs Harley Davidsons. Bientôt, la route s’élève et nous sortons du canyon pour admirer la longue déchirure dans le plateau que constitue le lit du fleuve. Malheureusement pour vous, on a loupé le point de vue et donc pas de photo !

Nous arrivons alors dans la ville de Taos pour une pause sur le chemin. Repère d’artistes, la ville possède l’architecture typique et la couleur ocre du Nouveau Mexique. Nous arrivons sous une averse ce qui ne donne pas vraiment envie de s’attarder. Nous décidons tout de même de faire un tour dans le centre. Ici, de nombreuses boutiques d’artisanats ou d’arts se succèdent. On trouve également quelques boutiques de mode de l’ouest (chapeau de cowboys Stetson notamment) , quelques caveaux de vignerons (blancs très secs, rouges charpentés aux allures de côtes du Rhone – bien que moins subtils) et enfin des restaurants où burgers et enchilladas parviendront à nous sustenter. La visite ne s’avérera pas inoubliable finalement.

Soyons franc, Taos c’est un peu de l’adobe …

Soyons franc, Taos c’est un peu de l’adobe …

L’estomac rempli, nous sortons de la ville en direction du Nord pour aller visiter le Millicent Rogers Museum consacré à l’art des natifs (le nom politiquement correct des indiens) du Sud Ouest étasunien. Le bâtiment ne paie pas de mine : parking désert au milieu de rien et lourde porte en métal qui barre l’entrée d’une ancienne hacienda. Néanmoins, pour celui qui prend la peine de pousser la porte les collections sont très intéressantes.

On commence par une exposition de tapis essentiellement Navajo aux couleurs chatoyantes. Ces tissues principalement en rouge et noir (j’exilerai ma peur) possèdent des symboles chamaniques. Plus surprenant, on retrouve également des swastikas (le signe nazis) qui dans la culture Navajo symbolise le soleil et les 4 saisons.

Beaucoup ignorent que le tissage est la passion secrète du commissaire Navajo.

Beaucoup ignorent que le tissage est la passion secrète du commissaire Navajo.

La suite des collections nous permet de faire la connaissance du travail de Maria Martinez, matriarche d’une famille de potier, et de ses successeurs. Née entre 1881 et 1887 et décédée en 1980, l’artiste-potière pueblo a n’eu de cesse d’expérimenter pour faire revivre et vivre l’art ancestral de son peuple. SCes créations sont tout simplement magnifiques tant dans les formes que dans les couleurs. Reçue plusieurs fois à la Maison Blanche, récompensée à plusieurs reprises pour son travail, elle inspire encore aujourd’hui les artistes indiens.

Rater cette exposition, ça aurait vraiment été pas de bol …

Rater cette exposition, ça aurait vraiment été pas de bol …

Facette suivante de l’immense collection amassée dans les années 40 par Millicent Rogers, icône de la mode et passionnée d’art indien, on retrouve des pièces de bijouterie. Il faut savoir que la région au Sud de Santa Fe est connue pour ses productions de turquoise. C’est donc tout naturellement que cette pierre a de tout temps été travaillée par les indiens.

Un vrai bijou ce musée !

Un vrai bijou ce musée !

Le reste des collections se compose de poupées indiennes, d’art religieux hispanique et enfin de quelques peintures et vieux documents originaire du Nouveau Mexique. Certains objets sombres et mystiques nous ont mis un peu mal à l’aise. L’exposition de vieille carte nous a étonnement bien plus. Il est assez marrant de suivre l’évolution de la vision géographique du monde au cours du temps. Bref, le musée vaut le détour par la beauté des objets comme par leur intérêt historique.

Santons de Provence.

Santons de Provence.

Arrivé à ce point, je souhaite prendre la route pour rentrer tranquillement prendre la route. Hélène, elle, souhaite continuer notre découverte du peuple Pueblo par la visite de Taos Pueblo. Ce que femme veut ….

Nous prenons donc le chemin de ce village inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Pour rappel, les pueblos sont les membres d’un des peuples autochtone du Nouveau Mexique. Il existe 21 pueblos –sortes de réserves indiennes – dans lesquels les habitants ont un confort plus ou moins relatifs. Certains endroits du Jemez Pueblo que nous avons traversé près de Santa Fe étaient à peine plus attirants que des bidonvilles.

Les habitants de Taos Pueblo ont fait le choix de s’ouvrir au tourisme. Si la démarche commerciale fait perdre un peu d’authenticité, elle amène l’opportunité au plus grand nombre de découvrir l’histoire et la culture de ce peuple. Néanmoins, des restrictions sur les photographies ou sur certaines zones du village sont imposés aux touriste. Le village se visite entre 8h00 et 16h30 et l’entrée coute 16$ par personne (comme nous sommes arrivés vers 16h, on a quand même eu droit à une petite ristourne). Nous sommes vivement encouragé à suivre les visites guidées du village pour mieux appréhender les lieux. La visite est instruite par une jeune indienne, étudiants infirmière en vacances. Nous sommes les seuls touristes et elle accepte gentiment d’adapter la visite à notre niveau d’anglais encore un peu hésitant.

Nous commençons par une introduction de l’histoire du village dans les murs de la St Gerenimo Church construire en 1850. Etonnement, ce n’est pas Jésus qui trône dans l’église mais la Vierge Marie, symbole à la fois chrétien et animiste représentant la terre. Le bâtiment comme tout le village est bien entendu de style adobe, puisque c’est de ces pueblos que cette architecture est issue.

La « nouvelle » St Geronimo Church

La « nouvelle » St Geronimo Church

Nous commençons ensuite à déambuler dans le village. Les maisons sont construites à la boue séchée. Une quarantaine de famille vie encore au jour le jour dans la partie historique sans eau courante ni électricité. La rivière qui parcourt le village est le point d’approvisionnement, c’est pourquoi elle est particulièrement protégée pour éviter toute propagation de maladie. La cuisson des aliments se fait dans des fours sphérique partagés entre les villageois. Ces sortes de dômes construits de la même manière que les habitations sont répartis dans tout le pueblo.

Pas de blague ici, je n’avais pas envie de faire un four …

Pas de blague ici, je n’avais pas envie de faire un four …

La visite continue avec une anecdote un peu moins amusante (et dont il faut bien considérer qu’elle nous est comptée du point de vue des indiens). Lors des guerres entre Mexico et les USA, en 1847, les Pueblos avaient prit fait et cause contre l’armée étasunienne. On appelle cet événement la révolte de Taos dont la scène finale du drame se déroulera dans Taos Pueblo. Les indiens révoltés s’étaient réfugiés dans cette église en pensant bénéficier du droit d’asile. Cela ne sera pas le cas puisque l’armée Américaine choisira de donner du canon contre le bâtiment dont la destruction causera plus d’une centaine de victimes. Le président Nixon sera le premier dirigeant des USA à reconnaitre les exactions commises par l’armée contre les Indiens plus d’un siècle plus tard et leur accordera en compensation un vaste territoire protégé dont les montagnes. L’église, initialement construite en 1620, sera laissé en ruine et pour commémorer le drame, les indiens construiront autour le cimetière du village.

L’« ancienne » St Geronimo Church

L’« ancienne » St Geronimo Church

Nous arrivons alors vers le clou de la visite, les structures principales du village. Ces immeubles antiques sont âgées de plus de 1000 ans, ce qui en font les plus vieilles structures habitées des USA. Couleurs magnifiques devant les sommets enneigés, panorama magnifique !

Cette vue justifie à elle seule la visite !

Cette vue justifie à elle seule la visite !

La guide nous explique enfin le mode de construction des adobes fait avec l’eau et la boue des montagnes Sangre de Cristo au dessus du village. Initialement, les indiens rentraient par le toit (ce qui explique les échelles). L’une des seuls entorses au progrès permise dans ce territoire sacré a été l’installation des portes bleus. Chaque famille a la charge de sa maison mais possède une aide de l’UNESCO pour effectuer les travaux d’entretien.

Je crois que j’ai épuisé toutes les jeux de mots foireux sur les adobes.

Je crois que j’ai épuisé toutes les jeux de mots foireux sur les adobes.

La guide (qu’il est de bon temps de récompenser par un pourvoir d’environ $5 par personne) nous libère alors pour flâner dans le village, visiter les boutiques d’artisanat indien et s’imaginer l’effet dévastateur que pourraient avoir sur nous les nombreux piments en train de sécher sur les murs. Nous en profitons pour goûter une sorte de pain frit à la farine de maïs que les habitants vendent aux tourismes affamés !

On peut même trouver de quoi pimenter la visite.

On peut même trouver de quoi pimenter la visite.

La visite se termine et, bien qu’un peu chère, nous ne pouvons que conseiller de l’effectuer. Compter deux heures environ pour profiter à fond du village. De notre coté, nous devons maintenant prendre la route pour de bon. Il nous reste plus de 5 heures de route qui se dérouleront en partie sous la pluie. Néanmoins, la beauté des paysages et de la culture découverts durant ce premier road trip hors des environs de Boulder nous rendra la route bien plus agréable !

Plus que jamais, nous sommes prêts pour de nouvelles aventures dans l’Ouest américain !

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