Colorando

Un petit article pèle mêle avec nos trois randonnées préférés de l’été 2017. Une belle opportunité de faire découvrir des endroits un peu méconnu de l’état.

Au programme :

  • Les Paint Mines de Calhan
  • Cathedral Lake à côté d’Aspen
  • Blue Lake dans les Indian Peaks.

Préparez vos chaussures, remplissez les gourdes de green chauds et sortez les bâtons, on vous embarque sur les sentiers du Colorando !

Les mines peintes de Calhan. 

22 mai 2017

D’ordinaire, les points d’intérêt du Colorado sont tous situés à gauche de la ligne verticale imaginaire qui passe par Denver. Les plaines sont un no man’s land rural. Il existe néanmoins un petit bijou où la terre s’entrouvre pour dévoiler une partie de ses trésors, tout pres du petit village de Calhan.

Ecolo’rado !

Pour mon anniversaire, je suis un train de passer une journée ennuyante et routinière au boulot pendant qu’Hélène et Bérangère, une copine de passage file vers le sud. Elles dépassent Denver avant de prendre vers l’est, direction le vide intersidérale des plaines. On remercie le GPS pour les avoir accompagner jusqu’à bon port … il faut dire que deux femmes et le sens de l’orientation … enfin, je me comprend.

Pas grand chose pour commencer.

 

Le début de la balade laisse les filles perplexes. 2 heures de route pour visiter une prairie et quelques affleurements, telles des lièvres, elles sont à deux doigts de prendre leur jambe à leur coup. Heureusement, à distance, j’envoie un message à Hélène pour qu’elle garde courage.

Comme un lapin en plein vol.

Message caché.

Débuts un peu décevants.

Ah, ça commence a devenir intéressant.

Une fois les premiers affleurements passés, la prairie se déchire littéralement pour laisser découvrir les merveilles sculptées par l’érosion. Le chemin commence sa descente dans les paysages de Badlands. Les sculptures de grès sont impressionnantes de diversités, on retrouve des hoodoos coiffés, des flèches. Le site n’est pas très grand mais la nature s’est fait plaisir sur ces quelques dizaines de mètres carrés. Au final, la boucle pour mesurer les lieux fait moins de 5 kilomètres. (cliquez sur les photos pour agrandir)

Les couleurs sont ahurissantes. Les minéraux enfermés dans l’argile et le schiste déploient leurs couleurs chatoyantes. Le sélénite, le jaspe ou les oxydes de fer colorent les bases des formations géologiques alors que de la roche, plus solides forment des chapeaux clairs a leurs sommets. Des fouilles ont révélé que les indiens utilisaient cette carrière naturelle pour se procurer les pigments nécessaires a la confection de poterie ou de leur peinture de guerre. Il parait que les lieux sont encore plus lumineux après une pluie, mais les chemins bien boueux ne donnent pas vraiment envie de s’y aventurer.

Maitre Yoda.

Bien qu’un peu paumés, les lieux ont ravis Hélène et Bérangère. J’ai d’ailleurs été un peu jaloux de ne pas les découvrir avec elles. J’ai eu droit a un bon hachis parmentier de confit de canard pour mon anniversaire avec une bouteille de Chartreuse. On va dire qu’elles sont toutes pardonnées !

Il est venu le temps des cathédrales …

05-06 août 2017.

Nous voici pour un weekend avec une famille de copains dans la station la plus huppée du Colorado, Aspen. J’ai bien proposé à Hélène d’aller faire les boutiques Chanel et Louis Vuitton avec ma carte bleue, mais elle a préférée randonner. Dommage, l’offre était limitée dans le temps.

Campant avec nous, Matthias, notre copain allemand (et fou) a choisi de faire un tour mythique de 42.8 kilomètres et 3000 mètres de dénivelé la Four Pass Loop. Je l’aurais bien accompagné si je n’avais pas oublié mes chaussures de course. On se retrouve avec Ijung, sa femme, le petit Emil et son frère pour faire un peu de marche.

De dépit devant tant d’occasion manqué, nous choisissons de marcher vers Cathedral Lake. Nous quittons Aspen par le Sud le long de la Castle Creek Road. La ville fantôme d’Ashcroft est dépassée sans un regard (nous reviendrons l’an prochain), un petit kilomètre de piste nous emmène au début du sentier (pas de toilettes au départ de la rando, assez rare pour être signalé).

On va évacuer tout de suite l’aspect physique, la randonnée mesure 8.5 kilomètres pour 650 mètres de dénivelés. Cela monte donc un peu tout le temps dès le départ. On commence la marche dans les forêts, d’aspen trees, ces espèces de peuplier qui tournent au jaune, puis orange et rouge en automne. La marche est rythmée par les bruits d’une rivière dont les multiples cascades font raisonner leurs tintinnabulements ondins.

Castle Creek Valley

Dans la forêt lointaine.

Arrivés aux alentours de 11 000 pieds, soit 3350 mètres, on sort du bosquet pour entrer dans les paysages d’alpage où les grands arbres se font beaucoup plus rares (on parle de tree line). Les vues s’ouvrent tant sur la vallée derrière nous que sur les sommets des Elk Mountains qui nous entourent. Cathedrale Peak, Leahy Peak et Malemute Peak culminant à plus de 4000 mètres sont particulièrement impressionnant.

 

Malemute Peak (4068m) sur la gauche

Cathedral Peak (4252m) au second plan

Leahy Peak (4060m)

Après la traversée d’un pierrier, nous empruntons la rampe finale. De courts lacets et un dénivelé très soutenu rendent la montée difficile. Les bâtons sont ici des alliés efficaces pour s’élever rapidement et un peu plus facilement. Enfin, le plateau dans lequel se trouve le Cathedral Lake se déploie devant nous.

A travers les pierriers.

Si la montée nous avait offert quelques fleurs sauvages, c’est ici une explosion de couleur. Les colombines, fleurs emblèmes du Colorado, sont de sortis. Et tant mieux car elles sont magnifiques.

L’humidité, la fraîcheur des lieux et le soleil tout proche sont les aliments qui expliquent ce boom. A contrario, les eaux du lacs sont translucides. De son bord, on distingue sans peine une multitude de truite qui se déplace dans l’onde.

Le fronton de la cathédrale.

Pas de pêcheurs dans le lieu saint …

Pourtant, on voit les truites sans sushis

Après un bon picnic et une petite pause, nous entamons la redescente. Malheureusement, je suis frappé de plein fouet par une énorme migraine pulsatile en chemin. Fatigue, déshydratation, mauvaise posture de marche ou mal des montagnes, je n’en sais pas trop la cause mais c’est quelque chose qui m’arrive régulièrement à la redescente quand je force un peu et qu’on est en altitude (un peu plus de 3600m ici). Si vous avez une solution miracle, je suis preneur !

Sur le retour.

Heureusement, j’ai des amis et une chérie prévenants qui se chargeront du repas et du feu de camp pendant que j’essaie de récupérer. Je profite un peu de notre nuitée au Difficult Campground, un campement que je recommande grandement. Aux portes d’Aspen, il s’étend au fond d’une vallée dans une petite forêt d’Aspen tree. Les emplacements tente sont tous isolés les uns des autres, c’est parfait pour passer une bonne soirée.

 

Home sweet home.

Le lendemain, nous retournons passer quelques heures aux Maroon Bells en empruntant la navette qui part d’Aspen Highlands Ski Resort. J’ai déjà raconté deux fois sur le blog cette balade charmante (ici en été et ici en automne). Je vais donc me contenter d’une galerie de photo de ces photogéniques sommets.

Lake Blue (da ba dee da ba daa)

13 Août 2017.

Petit joyau serti dans les Rocheuses à moins d’une heure de route au nord-ouest de Boulder, Brainard Lake Recreation Area offre à mes yeux les paysages les plus représentatifs de la région. L’éventail des randonnées disponibles entre sommets et lacs est varié en difficulté. Parfait pour une ascension revigorante en ce dimanche matin du mois d’août.

Ce n’est pas la première fois que nous visitons les lieux. Aujourd’hui, c’est vers Blue Lake que nous avons choisi de marcher. Bien sûr, ce n’est pas pour l’originalité de son nom (sans dec’, il doit exister des milliers de Blue Lake, Lac Bleu, Lago Azul ou Lago Blu autour du monde) que nous avons sélectionné la randonnée mais pour la variété de ses paysages.

En sportif prévoyant, nous débutons par un échauffement tout plat le long de Brainard Lake. Ce grand lac artificiel est un paradis pour les pécheurs qui se déploient sur les rivages en nombre (et pas en ombre …). Au-delà des eaux du lac, on aperçoit les beaux sommets des Indian Peaks.

 

Bernard Lake et les pics Indiens.

L’ascension débute en direction du Mitchell Lake. Cette étendue d’eau est située au pied de l’imposant Mt Audubon et entourée de forêts de résineux. Bien que de taille raisonnable, le lac n’est pas grand au point que puisse le rebaptiser la mer Mitchell. Sous la surface, on distingue bien quelques truites mais pas de traces de chat ! L’an dernier, c’est à cet endroit que nous avions dû abandonner une marche similaire, rejetés vers la voiture par de menaçants grondements de tonnerre. La règle d’or dans les Rocheuses est d’essayer de terminer ses randonnées avant 14 heures, à partir de ce moment-là, les orages peuvent se déclencher à tout moment.

Mt Audubon (tabac dans ma tabatière).

En quittant les bords du lac, la rivière qui l’alimente doit être traversée. Un réseau de troncs d’arbre renversés permet de le faire sans se mouiller les pieds. C’est toujours un exercice un peu délicat pour moi entre vertige et équilibre précaire. Ce coup-ci, j’évite la chute. Pendant quelques centaines de mètres, la pente se fait plus marquée. C’est clairement la partie la plus dure de la marche. En se retournant pour contempler le chemin parcouru, la vue est magnifique sur le Mitchell Lake.

Mitchell Lakes.

Les paysages changent alors que la densité des arbres s’éclaircie. De multitudes de petits étangs parsèment le petit plateau où nous nous trouvons, reliés par des ruisseaux à l’eau glaciale. Des fleurs sauvages s’épanouissent ici. La randonnées est vraiment plaisante sur cette partie, sorte de replat avant de commencer la montée finale.

 

Tant d’étangs s’étendent ici.

Lacs sans noms.

Bientôt, plus aucun arbre n’est présent et l’on commence petit à petit à ressentir les effets du manque d’altitude. Le chemin continue à suivre un beau ruisseau, du moins lorsque celui-ci n’est pas cachée sous des tas de neige persistant malgré la saison avancée. Les paysages sont clairement plus minéraux, les rochers sans vie des sommets qui nous entourent sont de plus en plus proches. Où nous sommes, la nature clame néanmoins ces droits mais en miniature. Petites plantes, minuscules fleurs au ras du sol, c’est ce qu’on appelle la toundra alpine. Ici, la vie s’accroche difficilement alors par respect, chaque pas est pesé et calculé pour ne rien endommager.  Il n’y a qu’aux abords directs des ruisseaux que les plantes se développent avec exubérance.

Une belle paire de névés.

Après un dernier coup de cul, nous arrivons au bord du Blue Lake. On ne nous avait pas menti, les eaux sont bien bleus. Coincés entre le Mt Audubon et la pyramide caractéristique du Mt Toll, le lac est d’un bleu glacial, froid et magnifique. Le vent s’engouffre dans le col entre les montagnes nous surplombant, cueille la fraicheur de la neige pour nous glacer. On est tous content d’avoir prévu des couches en nombre suffisant. Petite séance photo, une barre de céréale et nous redescendons nous mettre à l’abri d’Eole ou plutôt de Zéphyr car le vent vient de l’ouest.

A la redescente, nous finirons la randonnée en beauté. Alors que nous repassons par le plateau, de l’autre côté du lac principal, nous repérons un énorme élan (ou original si vous voulez faire original). Reconnaissable à son pelage sombre et à sa spectaculaire paire de bois plats, le mâle est probablement le plus gros de son espèce que j’ai vue. Il faut savoir que c’est un animal dangereux, qui n’a pas peur de charger les humais. Heureusement, on reste à une distance raisonnable et surtout protégés par l’étendue d’eau qui nous sépare. La rencontre n’en est pas loin impressionnante et nous restons de long minute à contempler l’animal jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les fourrées (évidemment, c’est la fois où l’on oublie le gros zoom d’Hélène qu’on rencontre une pareille bestiole).

Pas de panique, il ne peut pas passer le lac. Même avec de l’élan !

Longue d’environ 10.5 kilomètres pour 450 mètres de dénivelé, cette randonnée est un beau coup de cœur. Elle représente un très bon rapport beauté/difficulté. La pente est assez régulière ce qui fait que cela permet de faire goûter aux joies de la marche en altitude au plus grand nombre : 3500 mètres quand même pour Blue Lake. La variété des paysages rencontrés et vraiment l’atout maître des lieux. L’alliance du vert des plantes, du bleu de l’onde et du gris des cimes forme un tableau agréable tout au long de la marche. Si comme nous, une rencontre animalière vient en plus ponctuer la journée, que demander de plus ?

D’habitude quand on ramène des champignons de rando, c’est plutôt des mycoses des pieds !

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