Lundi 13 août, 5h30
L’excitation du voyage n’est pas encore retombée pour tout le monde puisque Lauriane et Ariane (qui n’a pas trop eu le choix) se lève dès l’aube afin de pouvoir observer les animaux sauvages.
Malgré une randonnée de près d’une heure sur la plaine de Moraine, elles reviennent bredouilles. Bonne surprise, c’est en arrivant au campement qu’elles croisent trois daims de Virginie. Le devoir accomplie, Ariane retourne finir sa nuit pendant que notre photographe animalière s’en donne à cœur joie. Cela vaut le coup, les photos sont magnifiques et les bois des cerfs luisent d’un halo presque surréel.
Première étape, et je ne peux que le conseiller à tout le monde lors de votre arrivée dans un parc naturel aux USA, nous passons au Visitor Center. Une ranger nous dessine alors sur la carte le trajet de la journée en fonction des exigences (ou requirements s’il y a des Business Analyst qui me lisent) que nous avons formulé : traverser le parc d’Est en Ouest sur la route scénique 34, maximiser nos chances d’observer toute la variété de faune et de flore du parc, et faire des randonnées d’au maximum 2 heures. Elle s’exécute de bon cœur, nous laissant un document qui nous servira de guide pour toute notre journée.
Nous voici donc embarquer sur la plus haute route scénique du parc et d’Amérique du Nord pour une découverte des panoramas que le Rocky Mountain National Park peut nous offrir. La route s’élève en lacet dans une forêt de pin. A intervalle régulier, des parkings marquent les emplacements des principaux points de vue. Certains nécessitent que minutes de marche, d’autres sont tout simplement au bord de la chaussée. Le premier arrêt nous offre un point de vue sur les paysages montagnards composés principalement de prairie où nous avons passé la nuit.
La route continue à s’élever, nous passons les 11 000 pieds et d’un coup, plus aucun arbre à l’horizon. On entre dans les paysages de toundra alpine. Rochers, herbes, petites fleurs peinent à pousser dans ces étendues recouvertes de neige une bonne partie de l’année et balayées par les vents et les orages le reste de l’année. Le résultat est une vision assez tourmentée sur laquelle de petites fleurs viennent offrir des touches de couleur. En fond, des sommets acérés se détachent, surplombant en contrebas de cristallins lacs alpins.
Le point de vue de Forest Canyon propose une petite randonnée très bien aménagée qui permet de traverser cet écosystème fragile sans risque de le détruire. D’ailleurs à ces hauteurs, le fait de marcher peut mettre à mal des plantes qui ont mis des années à se développer. Les messages protecteurs sont donc omniprésents. Au terme de cette petite marche (à peine 5 minutes), nous avons la chance de voir évoluer dans les pierriers une colonie de marmotte et quelques pikas gris se confondant avec la roche (rongeur qui ressemble à un croisement entre un lapin et une souris, rien à voir avec le Pokemon).
Sur le retour, un grand troupeau de wapitis pait tranquillement dans l’alpage. Nos deux photographes officiels s’en donnent à cœur joie.
A peine quelques centaines de mètre et nous empruntons le Toundra Communities Trail, un chemin serpentant dans la toundra sur un peu plus d’un kilomètre vers des amas rocheux au sommet de la montagne. La vue sur les sommets alentours est juste magnifique.
Les petites fleurs délicates, les lichens, les rochers donnent un camaïeu de vert, de gris sous un ciel tourmenté. Hélène s’adonne à sa passion des photos de fleurs.
Les filles escaladent le rocher final pour profiter d’une vue étendue. Nous sommes sur le point culminant de la route scénique à environ 3700 mètres. Néanmoins, le ciel se fait menaçant, nous ne trainons pas trop.
Effectivement, nous redescendons au parking au pas de course. Les filles sont toutes excitées car on croit discerner un nouveau troupeau d’animaux au bord de la route. Les premières gouttes s’écrasent sur le pare brise une fois rentrés dans la voiture. Nouvelle déception, ce que nous avions pris comme un exemple de la vie sauvage luxuriante des Rocheuses est en fait une harde de cailloux. Bref, mouillés et sous l’orage, nous nous arrêtons au Alpine Visitor Center (le seul endroit du parc où l’on peut s’acheter à manger) pour un picnic au sec bien mérité !
Nous entamons la descente sous la pluie vers la vallée des sources du Colorado. L’eau justement, il va en être question lors de notre prochain arrêt, puisque nous allons croiser la Continentale Divide où ligne de démarcation des eaux. Mais qu’est-ce que c’est ? Cette ligne imaginaire est en fait une frontière qui fait qu’à l’Est de cette ligne, toutes les eaux et rivières qui coulent vont se déverser dans l’Atlantique, à l’Ouest la moindre goutte continuera son chemin vers le Pacifique. Ca ne sert à rien, mais penser à préserver un peu d’eau pour en verser de chaque coté de la ligne et rêver à la distance que chaque gouttelette va parcourir.
Nous entrons par la passe de La Poudre (en français dans le texte) dans la vallée de Kawuneeche (la vallée des coyotes en langage indien). C’est ici que nous allons voir naître un ami qui va nous suivre pendant tout le voyage, le fleuve Colorado. Long de 2334 km, traversant les états du Colorado, de l’Utah, de l’Arizona, du Nevada, de la California, de la Baja California (Mexique) et de Sonora (Mexique), on pourrait presque l’enjamber à l’endroit où, fruit de la réunion de plusieurs ruisseaux, il prend officiellement son nom.
La courte randonnée qui nous a menés à la source nous a également permis de constater que la flore avait énormément changé. Passé les montagnes, nous sommes ici dans un environnement humide, fruit des orages qui presque quotidiennement balaient les sommets. La nature est plus luxuriante, très verte avec de nombreuses fleurs dont la Colombine des Rocheuses dont je vous ai déjà parlé dans un autre article.
Un ranger croisé sur le parking nous a avertis : la vallée est particulièrement propice à l’observation des élans (moose). Les élans ou orignaux du côté du Québec sont de grands mammifères terrestres qui se nourrissent principalement d’herbes et de plantes aquatiques. Très bon nageurs, on les retrouve fréquemment dans les marais ou les petits étangs.
Je ne vais pas laisser le suspens plus longtemps : à la grande déception de Lauriane, on ne verra pas d’élan cette fois-ci malgré une observation scrupuleuse depuis la route ou depuis les points d’observation prévus à cet effet. Faisons contre mauvaise fortune bon cœur, les paysages observés à cette occasion valent à eux seul le coup d’œil.
Nous sortons du parc des Rocheuses pour un petit arrêt dans la ville de Grand Lake qui est renommée pour son grand lac (si si je vous jure). Chalet en bois sur les rivages, pécheur à foison, plaisancier, nous sommes ici dans un village bien chic. Une sorte de Megève du Colorado.
Un joli petit jardin présente aussi différente couleur de Colombine. Un peu moins sauvage que précédemment mais quand même très beau. Et tout ça pour le plus grand bonheur de mon artiste aimée.
Nous dépassons Grand Lake pour nous mettre à longer le Lake Granby au bout duquel se trouve notre camping du soir. Au passage, nous avons droit au spectacle très rapproché d’un aigle qui fond en piqué sur ce qui semble être un écureuil (RIP) l’emmenant dans les cieux entre ses serres. Très impressionnant.
Nous voici donc sur une piste (heureusement nous avons un 4×4) en direction du bout du monde tout en restant vigilant sur la présence d’élan (loupé Ariane, c’était des vaches 😉 ) ! Après quelques fausses directions, nous trouvons notre place de parking, gravissons une petite colline jusqu’à surplomber le lac au dessus d’Arapaho Bay (c’est toujours mieux que Wati B). Seul sur notre promontoire, nous dormirons comme seuls au monde !
Outre le lac, nous serons bercés par le bruit d’une cascade qui coule sur notre droite. Le ciel est noir, menaçant et au loin des éclairs zèbrent l’horizon ou se déchainent sur les montagnes.
Pour ce soir, nous passerons plus ou moins au travers des gouttes, profitant du lac pour prendre un bain bien mérité (avec du savon écologique of course), d’une table du repas avec sa vue majestueuse pour un repas réconfortant (les quelques ondées me privant de la joie d’un barbecue) et de notre grande tente pour des parties de tarot endiablées et au sec.