Honu, Pele et Poke Bowl : The Road To Hana

Samedi 09 Septembre 2017

Il est 6 heures, Maui s’éveille.

Il est 6 heures, je n’ai pas sommeil.

Petit décalage horaire (3 heures depuis Boulder, 11 depuis la France) alors nous nous levons avec le soleil. Petit Skype vers l’Europe et revue des derniers résultats sportifs avant de prendre notre premier petit déjeuner sur l’île. On profite de notre lever précoce pour faire de petites courses et réparer des petits oublis, notamment l’indispensable répulsif anti-moustique !

Nous voilà parti sur The Road To Hana, une route touristique d’un peu plus de 60 miles, tout en virages, qui mène par-delà jungles et cascades jusqu’au village de Hana sur la côte Ouest de Maui. Cette route côtière à une réputation de dangerosité dans les guides, surtout à cause de ces ondulations incessantes. Nous verrons qu’il n’y a pourtant pas à la craindre pour des pilotes chevronnés comme nous. Maui Revealed offre une description vraiment détaillée de tous les arrêts possible avec leur position par rapport au début de la route. Il faut parfois garder un œil sur le compteur, un autre sur le guide et un dernier sur la route.

Notre premier arrêt est pour les Twin Falls, théoriquement un duo de chutes aux eaux pristines. Théoriquement, parce que vu la pluie qu’il y a eu pendant la nuit, l’eau de la rivière est boueuse. C’est dur de se rendre compte de la forme de l’enchainement des chutes. De plus, le courant est super puissant au point que la traversée du gué qui permet de se rendre à la cascade finale est juste impossible.

Ho’ola’a stream déchaîné.

VOUS NE PASSEREZ PAS !

En revenant près du parking, nous croisons des coureurs à pied et des voitures les accompagnants. Il s’agit des participants de la Hana Relay, une course à pied en relais (d’où le nom) qui parcourt la distance entre Kahului, la capitale économique de Maui, et Hana. Nous suivrons ces coureurs courageux et leurs accompagnateurs motorisés pendant tout notre trajet. La course, vu l’environnement, fait vraiment envie. Par contre, l’humidité doit vraiment être intenable.

Si nous repartons avec une petite déception de n’avoir pas vu les cascades dans leur meilleure forme, nous nous sommes consolés en découvrant les fleurs qui bordent le chemin entretenus par les riverains. Nous sommes dans une jungle tropicale et l’exubérance de la nature nous fascine déjà.

Nous prenons la route sans nous arrêter pendant une dizaine de miles. Cela nous permet de nous familiariser avec la routine qui va être la nôtre pour la journée : on passe de vallée en vallée en surplombant la côte. Les virages qui nous ont été promis sont bien au rendez-vous, néanmoins l’état de la route est parfait et la conduite très douce. Il faut prendre son temps pour contempler les paysages et ne pas hésiter à se ranger pour laisser passer les conducteurs trop pressants. Arrivé au fond de chaque vallée, des petits ponts étroits enjambent des rivières et il faut fréquemment laisser passer les voitures arrivant en sens inverse.

La route aux 1200 virages (je les ai comptés)

Honomanu Bay

Après 11,5 miles, on retente notre chance en nous arrêtant sur un minuscule parking devant un pont. Un petit chemin boueux nous amène en 2 minutes au bord d’un petit lagon tout rond formé par les Haipua’ena Falls. Haute de 5/6 mètres de haut, le fin filet d’eau fait retentir un son cristallin. Seuls devant l’onde, on a enfin l’impression de commencer notre voyage paradisiaque.

L’eden, au hazard d’un virage.

Un peu plus loin sur la route, c’est carrément une aventure qui nous attend. Nous nous engageons dans le lit de la rivière Punalau. Pendant une demi-heure, nous sauterons de rochers en rochers, escaladant la roche volcanique noire, parfois mettant les pieds dans l’eau. Le cours d’eau se trouve dans une espèce de petite gorge et dans cet environnement gorgé d’humidité, les mousses prolifèrent rendant notre progression périlleuse. Le fracas de l’eau révèle notre récompense, une chute d’eau d’une trentaine de mètres juste pour nous : les Punalau Falls. Trempés de sueur autant que d’humidité, on savoure le spectacle privé. Peut-être l’arrêt préféré de la journée.

Progression précautionneuse.

Jusqu’à une récompense méritée.

Arrivé à la moitié de la route et l’estomac tiraillé par nos efforts précédents, nous décidons de profiter de la péninsule de Ke’Anae pour faire une pause. Et justement, concernant la nourriture, les ressources ne manquent pas le long de la route, que ce soit les délicieux Banana Bread de Halfway to Hana, les succulentes glaces au lait de coco de Coconut Glenn’s ou tout simplement les petits stands qui devant chaque entrée de maison ou presque offrent des fruits frais contre une poignée de dollars à mettre dans une boite. La confiance règne. Petites bananes, ananas, fruits de la passion, papayes-fraises ou mangues constitueront d’ailleurs en grande partie notre régime alimentaire durant notre séjour ! Pour le moment, on profite surtout de nos sandwichs devant le paysage tourmenté des champs de lave frappés sans répit par l’océan. Jungles vertes, roches noires et eaux bleues, quel mariage détonant !

Après cette charmante pause au niveau de l’océan, nous repartons sur une série de virages en reprenant de l’altitude. Au détour de trouées dans la dense végétation de la jungle, on a toujours ses charmants panoramas. De l’autre côté, ce sont les cascades qui se succèdent sans arrêt. La journée est magnifique, c’est vraiment une chance d’être là. Petit point amusant : si le ciel au dessus de l’océan est bleu, quelques nuages se sont accumulés autour du volcan et donnent un ciel gris. On devine bien sur les photos si elles sont prises en direction de l’intérieur ou l’extérieur de l’île à la couleur du ciel !

Les triples chutes de Waikani Falls.

Le prochain arrêt sur la Road To Hana nous amènera a … gros suspens … une cascade et oui ! Peu après le 21ème mile, nous nous enfonçons dans la jungle à pied sur une ancienne route de chasseur défoncée, la Hunter Road de Wailua Iki. Après environ 10 minutes de montée, nous arrivons sur les bords d’un cirque surplombant une vallée luxuriante dans laquelle se jette la cascade Wailua Iki Falls. Celle-ci est vraiment spectaculaire ! On continue le chemin pour se retrouver juste au-dessus de la chute et constater qu’elle est alimentée par un petit lac dans lequel une autre cascade se jette !  La petite marche m’ayant mis en nage, je décide de me mettre en nage et plouf plonge sous la cascade !

De beaux arbres le long du chemin.

Cuverte des toilettes.

Petit lac bien tentant.

Aucune volonté, je succombe à la tentation.

On se lasserait presque des nombreuses waterfalls (chutes d’eau) disséminés le long de la route. On se dirait presque qu’on ne les mérite pas lorsque l’on n’a pas à sauter de rochers en rochers pour les voir. L’intérêt des chutes est variable, j’imagine que leur photogénie dépend aussi du volume d’eau qui s’en écoule. Certains sont plus jolies avec un puissant courant tandis que d’autres se subliment par leur délicatesse. Mention spéciale quand même aux Makapipi Falls qui se jettent littéralement sous la route. (Et qui ont un nom assez régressif).

Pua’a Ka’a SP (pas facile à prononcer celui-là)

Hanawi Falls (et son grimpeur solitaire)

Cakapipi Falls (HA HA HA)

Nous faisons une petite infidélité à la Road to Hana en nous engageant dans un chemin de traverse la Nahiku Road. Cette petite route étroite s’enfonce dans une jungle luxuriante. Toutes les nuances de vert y passent, la nature est exubérante au possible. Alors que nous nous rapprochons du bord de mer, nous atteignons une petite communauté. Nous laissons la voiture devant l’église avant de traverser un vieux pont de bois qui mène jusqu’à la côte. Au milieu des cocotiers, des frangipaniers, une plateforme permet d’avoir une magnifique vue sur la côte. Bien loin de l’effervescence de la route d’Hana, nous sommes seuls pour contempler l’océan. C’est reposant et apaisant. Petit coup de cœur. Nous faisons le plein de fruits en remontant vers la route principal sur les stands en libre-service du bord de route.

Peu après, nous atteignons Hana et prenons possession de notre AirBnb. Ce soir, nous dormons dans une magnifique case hawaïenne nichée au creux d’un jardin tropical. Les ananassiers, manguiers ou autres avocatiers berceront notre sommeil. Le logement est ouvert aux éléments, les fenêtres se limitant à des moustiquaires. La salle de bain, ouverte, est située en dehors de la maison. Quelques geckos viendront nous rendre visite dans la nuit. Nous posons nos affaires et enfilons nos maillots de bain car une dernière étape nous attend dans cette longue journée.

Cozy cottage in beautiful Hana (logement entier), 139€ la nuit

Une route de mauvaise qualité s’enfonce dans les quartiers résidentiels de Hana, en direction du Pacifique. Nous arrivons à l’entrée du :

Devant nous, depuis la falaise, l’océan vient frapper les coulées de lave solidifiées. Une longue jetée sombre forme une arche par-dessous laquelle l’eau vient s’engouffrer. La roche forme une digue naturelle qui vient former une sorte de golfe.

Arche de mer.

Au sein d’une anse sculptée dans la roche volcanique, se niche une petite plage de sable noir. Les grains de sable si sombres proviennent sans aucune hésitation possible de l’érosion des falaises de lave battues et rebattues par les vagues. Un long escalier permet d’accéder à la plage, où nous ne perdons pas de temps avant de plonger dans les chaudes eaux du Pacifique. Bien que relativement fréquentée (on est un week end, les locaux sont de sortis), la plage est magnifique, au milieu de la jungle. Les eaux sont claires et le peu de courant rend la nage agréable. De nombreuses personnes rejoignent en barbotant les quelques îles qui émergent de la baie. Enfin, la couleur du sable est assez sensationnelle, presqu’un peu troublante tant nous n’y sommes pas habitués.

Inadmissible, on m’avait vendu des plages de sable blanc !

La baignade est de courte durée, ma photographe de femme veut profiter de la belle lumière de fin de journée pour figer sur la pellicule les rivages torturés du parc. On commence par s’éloigner à l’est de la plage pour avoir une jolie vue de celle-ci. On s’approche précautionneusement d’un blowhole, ces ouvertures verticales dans la lave figée qui, reliée à la mer, laissent au grès des vagues s’échapper des souffles d’eau salée. Imprédictibles, ces geysers maritimes sont fascinants.

Nous retournons sur la plage pour explorer, sur son bord, une petite grotte creusée dans la roche volcanique. Puis, prenant notre courage à deux mains, nous gravissons les escaliers d’accès à la plage pour explorer un peu plus le parc. Un chemin goudronné traverse un grand camping où les familles hawaïennes sont déjà en train de faire griller leur repas. On regrette presque de ne pas avoir apporté la tente pour passer la nuit sur place !

Nous dépassons un cimetière traditionnel dont l’accès est interdit pour nous rapprocher de la côte (par respect, on s’abstient de faire des photos). De nombreux îlots de roches noires se dressent dans la baie, s’opposant aux forts courants. Une longue avancée forme comme une jetée dans la mer. Elle est interrompue par une arche marine sous laquelle, puissante, l’onde s’engouffre. Les dernières minutes de lumière nous offrent un contraste magnifique entre les verts de la végétation, les noirs de la lave pétrifiée et le bleu intense du Pacifique.

Nous rentrons dans notre gîte pour se cuisiner un plat de pâtes. Le dessert composé de banana bread et d’une salade de fruit tropicaux frais est nickel.

Bonne  première journée. Entre nos incursions dans la jungle et les multiples cascades, nous avons été directement plongés dans le cœur du sujet. Pas mal de belles choses à retenir sur la route de Hana. On a apprécié de dormir à Hana pour prendre le temps de découvrir les attractions du bord de route (et encore, nous avons fait l’impasse entre autre sur Kahanu Garden, un temple et un jardin que j’avais repéré).  Nos découvertes préférées ont été :

  • la progression aventureuse dans le cours de la rivière pour atteindre les Punalau Falls,
  • la sérénité et l’impression du bout du monde de Nahiku,
  • et enfin le noir intense des roches du Waiʻānapanapa State Park.

Demain, retour vers le centre de l’île en suivant la route qui contourne le volcan par le sud. En espérant apercevoir ce mastodonte qui depuis 3 jours garde la tête cachée dans les nuages.

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